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Dans le journal famille chrétienne de cette semaine, le P. Pierre-Alain Lejeune répond à la question d’une lectrice : « Comment Jésus peut-il monter au ciel, alors que ce n’est pas une réalité physique ? » Il commence par rappeler les mots de Youri Gagarine, à son retour sur terre, après le 1er vol dans l’espace, en 1961 : « Je n’ai pas vu Dieu, là-haut. » « S’en tenir à ses propos, c’est avoir la vue bien basse », poursuit le P. Pierre-Alain. « Car au sens chrétien, le « ciel » ne désigne pas un lieu précis, mais plutôt ce qui est au-delà du monde sensible : le monde de Dieu. Il n’est donc pas plus en haut qu’en bas, d’un côté que de l’autre. Il est au-delà du temps et de l’espace. Il échappe à notre expérience sensible. Pour autant, il ne faut pas écarter ce vocabulaire que Jésus emploie fréquemment. Parce que, en tant qu’êtres humains, nous sommes situés dans l’espace et le temps, et c’est dans cette condition terrestre que Jésus nous a rejoints. Et puis, cela dit quelque chose des combats qui se jouent en nous, tiraillés entre la lourdeur de notre péché et l’élévation à laquelle Dieu nous appelle. Nous sommes, dit St-Paul, « citoyens des cieux », faits pour le ciel, faits pour Dieu. Notre vraie patrie, notre centre de gravité se trouve en haut, en Dieu. Quand Jésus monte au ciel avec son corps, il ne quitte pas notre condition humaine, il la fait entrer dans le monde de Dieu. Dans le processus de l’enfantement, quand la tête est passée, tout le corps suit. C’est là notre espérance, et tout le sens de la solennité de l’Ascension. Nous sommes membres de son corps, et puisque la tête est passée, nous passerons aussi ! »
Quel message retenir ?
Jésus retourne vers son Père. C'est bien pour lui, c'est bien pour nous. Mais il ne s'évade pas de notre condition humaine. Ressuscité, il reste présent avec nous, d’une manière nouvelle.
L'Ascension n'est pas la fin de l'aventure entre Jésus et ses disciples. Au contraire.
Elle est l’histoire d’une séparation, d’une promesse, et d’un envoi en mission.
Une séparation. Jésus se sépare de ses amis. Une dernière fois, il leur apparaît avant de retourner au ciel, vers son Père. Il ne partagera plus leur quotidien. C’est un vide, un arrachement à vivre. Un deuil à faire. Une surprise à accueillir. Mais il ne les abandonne pas pour autant. La joie n’est pas loin. Il « monte au ciel ». Il retourne dans le monde de Dieu d’où il est venu. Il y retrouvera son Père.
Une promesse. En même temps qu’il nous quitte, il nous promet l’envoi de son Esprit-Saint, et sa présence avec nous chaque jour jusqu’à la fin des temps. Il ne sera plus présent à l’extérieur mais à l’intérieur. Désormais, nous pourrrons le retrouver, à tout moment, en tout lieu de l’univers.
Un envoi en mission. Il nous envoie, témoins de son amour. Allez. Ne restez pas à regarder le ciel. Vous êtes attendus en tous ces lieux ou les hommes souffrent, ou plus de vie doit être apporté, où le mal est à combattre, où son pardon fait renaître. L'Esprit nous pousse à sortir dehors. D’une certaine manière, Jésus disparaît pour qu'on le reconnaisse dans le frère, la sœur qui est là, à ma porte.
Quels appels à la conversion qui touchent nos coeurs ?
La question des disciples est la nôtre : « Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume ? » Devant les menaces qui pèsent sur notre terre, sur les pays en guerre, sur notre société, nous pouvons nous aussi demander au Seigneur : Que la Paix l’emporte sur la guerre ! Que ton Règne vienne, sur la terre comme au ciel !
La stupeur, la paralysie des disciples devant la disparition de leur Maître est aussi la nôtre. Seigneur, tu vois bien ce qui nous paralyse. Tu vois bien aussi ce qui nous donne de l’élan, telle ou telle joie, tel ou tel projet. Souvent, nous aussi, tu nous surprend, nous prend à contrepied. Apprends-nous à accueillir l’imprévu qui vient de toi. Aide-nous à nous mettre en mouvement. Sur cette terre, nous sommes faits pour le ciel. Que ton départ et la promesse de la venue de l’Esprit-Saint nous dynamisent !
Abbé Benît Nouvel
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