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Voilà ce que m’a transmis ma mère ! Le carême c’est comme un jardin. Il y a deux façons de faire dans un jardin. Il y a ceux qui sont obsédés par les mauvaises herbes. Ils passent leur temps à essayer de les éradiquer. Au bout du compte les meilleurs obtiennent un jardin impeccable – et ils en sont très fiers. J’en ai assez de ces carêmes qui ne servent à rien. Tout y est négatif : on passe la première moitié du carême à détecter son défaut dominant, (comme si on ne le savait pas encore, depuis le temps ?), et l’autre moitié à essayer de l’éradiquer. Peine perdue : nous mourrons tous avec notre défaut dominant ! Les défauts ne diminuent pas avec l’âge, ils augmentent. Je voudrais donc vous proposer un carême dans les fleurs… Oh, bien sûr, il y a un peu de nettoyage à faire ! Il faut le faire de bon cœur, et joyeusement. Mais il faut surtout se rappeler que le but n’est pas d’avoir un jardin bien propre, mais un jardin bien fleuri ! On le voit à l’avance, on l’imagine, on en rêve. Il faut se lancer dans le carême les yeux et le cœur fixé sur l’alléluia Pascal : comment vais-je le chanter cette année ? Ce sera fonction de la mise en œuvre des consignes de Jésus : jeûner, prier, faire l’aumône. Jeûner, c’est tailler. Pourquoi taille-t-on un rosier ? Pour trois raisons : la taille stimule et ravigote ; elle domestique la plante et lui donne une jolie forme ; et enfin elle lui garantit une bonne santé en lui donnant de l’air et de la lumière. Il faut y aller généreusement avec les plus forts, et tout doucement avec les plus fragiles. Prier, c’est soigner, nourrir la terre, donner de l’engrais, mettre un tuteur à ce rosier encore fragile, accrocher à un fil la branche indisciplinée de ce rosier grimpant… il faut y passer du temps. Une heure le dimanche ne suffit pas : il faut aller au jardin dès qu’on a un moment. Un peu tous les jours : le jardinier passionné voudrait y passer sa vie ! Mais surtout, surtout, il faut de la gratuité, de la générosité. Ça, c’est l’aumône : on donne des fleurs et des fruits à tout le monde, largement, sans compter. Chez ma mère, il y avait toujours un bouquet dans la chambre même quand on ne venait que pour une nuit. Même en hiver. Et s’il n’y a plus de fleurs, il y a toujours un sourire à donner. Au travail, donc ! Quels sont les fleurs que je vais cultiver pendant ce carême ? Quels sont les qualités, les talents que Dieu m’a donnés et dont il attend de beaux fruits ? Pour ce qui est de la taille, à chacun de voir : on a l’embarras du choix, dans ses vies trop encombrées. La prière, l’aumône ? La paroisse à un large choix de propositions pour ceux qui se demandent où et quoi. Des déchets apportés au fumier ? Le prêtre est là et vous attend pour le sacrement de la réconciliation. Quant au sourire, pas besoin de conseils : tout est permis, et même recommandé ! De tout cœur, je vous souhaite un beau et saint carême, au jardin ! Père François Potez, curé de St-Philippe-du-Roule (8e) |